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Histoire d’histoires de vins

 

L’histoire de mon obsession pour les vins « différents » commence à dater.

Derrière mes cheveux déjà gris (mais bien cachés), se cache déjà une vingtaine d’années de peigne fin, de fouilles, de kilomètres accumulés sur les petites routes pour rencontrer des vignerons et vigneronnes discrets, peu connus, travaillant entre l’ombre et la lumière, au rythme des saisons. J’avais entendu parler d’eux, je voulais voir sur place, en vrai, les faire parler de leur travail, m’imprégner de leur métier. Année après année, les demi-mots, les codes, les transcriptions mentales du « brut de cuve » ou « brut de fût » vers la future bouteille, prenaient du terrain. Immanquablement, la contagion opérait, et les rencontres se multipliaient. Encore et toujours, un constant constat de « jamais assez » avec cette envie insatiable qui me poursuivait.

A l’époque, je faisais connaître leur travail outre-atlantique, ayant convaincu des importateurs d’essayer de jouer le jeu des vins « différents ». L’espoir de penser que tout le monde ne boit pas que des standards… puis des success stories, des surprises inattendues, quelques flops aussi. Et fin 2008 est arrivé, et un carnet de commandes qui crise aussi et reste vierge. Pour rebondir, je me suis dit que les français seraient certainement capables de se laisser surprendre par ces vins à forte personnalité, qui sauraient leur raconter leurs belles histoires en arrivant chez eux, tous les mois. C’est ainsi que Trois Fois Vin est né, et continue de vivre à travers ces magiciens dont les vins parlent plus fort que les autres.  Ceux dont les vins vibrent et interpellent parce que leur langage est plus épicé, plus ébouriffant, plus bavard. Ceux dont les vins savent en quelques lampées conter leur travail et surtout l’endroit qui remplit les verres.

Dans toutes les belles histoires qui ont marqué mon parcours, en voici une, née sur les coteaux de Châteaugay que j’aime raconter à mes clients ! Ce vignoble très ancien, faisant déjà la fierté de Vercingétorix, connut son apogée à la fin du 19è siècle en étant le 3è vignoble de France, mais le phylloxéra, le mildiou, la Grande Guerre et l’industrialisation ont eu raison de lui. Le damas noir, une sorte de syrah d’Auvergne, a également capitulé face au phylloxéra. Il renaît depuis 2011, sur le domaine exploité par Pierre Goigoux et Pierre Desprat qui bichonnent une parcelle d’un peu plus d’un demi hectare. Si ces pieds de vigne font l’objet d’une attention particulière, c’est qu’ils sont uniques au monde. L’histoire est étonnante : lors d’un inventaire lancé par la fédération viticole il y a plus de dix ans, deux ceps épargnés par le phylloxera et ayant traversé les siècles, ont été découverts et authentifiés. Confiés à un pépiniériste viticole local, il les a multipliés à 400m d’altitude, sur le piémont volcanique. Il fallut une quinzaine d’années de recherches et de recensement à travers tout le vignoble pour évaluer et suivre l’état sanitaire des plants repérés puis greffés. Quel travail de patience, avant la révélation, en 2014, quand le Damas Noir réapparaît dans sa plus belle robe pour son premier millésime depuis le 19è siècle. Du fruit pulpeux (à mi chemin entre syrah et gamay), du nerf tout en relief et une délicieuse note poivrée (la péperite volcanique a aussi son mot à dire) pour un pur délice digeste et savoureux.

Alors qui a tué le damas (dalhia) noir, référence littéraire choisie par Pierre Goigoux pour évoquer ce magnifique projet ?