Vins et vignerons 21/10/20

Benoît Merchier, un vigneron en quête de sens

Benoît Merchier à 35 ans quand il quitte Paris et le domaine de la finance bancaire pour lequel il travaille depuis des années. En quête de plus de sens, il s’installe au cœur du Beaujolais et rachète un domaine de 12 hectares. Trois Fois Vin aime particulièrement ces histoires d’hommes, de femmes, on ne peut plus amoureux du vin, qui partent de zéro. Benoît Merchier en est un. Nous l’avons interrogé !

Comment avez-vous débuté dans le vin ? 

C’est une reconversion professionnelle. J’avais 35 ans, je suis venu avec ma femme Marianne et ma fille en 2018, dans le Beaujolais, pour chercher une nouvelle aventure professionnelle et personnelle. J’avais besoin d’être plus indépendant et d’avoir un métier plus concret que ce que j’exerçais ! J’en avais assez du système de « la très grande entreprise ». Tout est très dilué avec une certaine perte de sens. Je ne suis pas déçu, être vigneron, c’est très différent, et il n’y a aucun métier qui ait plus de sens à mes yeux ! Avec la vigne, on est dans l’ultra-concret. On part vraiment du petit cep, jusqu’à la mise en bouteille et la commercialisation. Il y a une vraie réflexion commerciale, technique et marketing. C’est assez formidable. Je suis un touche-à-tout et évidemment, j’aime le vin ! J’ai trouvé mon idéal.

Vous cherchiez exclusivement un vignoble dans le Beaujolais, ou vous regardiez aussi ailleurs ? 

Les deux régions qui nous plaisaient au niveau des vins et du montant économique à investir, étaient la Loire et le Beaujolais. Mais finalement, le Beaujolais s’est imposé à nous, car avec ma femme nous nous sommes mariés à Saint-Amour, la région nous a donc en réalité, toujours plu. Nous avons cherché quasiment un an, et avons fini par trouver un vigneron qui partait à la retraite. Il avait trois fils, mais aucun d’eux ne souhaitaient reprendre le domaine.

Comment s’est déroulée la passation ? 

Tout s’est bien passé, nous nous sommes très bien entendus. Je lui ai demandé s’il était prêt à rester un peu plus longtemps après la vente du domaine, pour me montrer le métier, il a accepté. J’avais passé un BTS viticulture-oenologie, mais ce n’était clairement pas suffisant pour reprendre une exploitation de 12 hectares, seul et totalement débutant. Il m’a aidé à prendre le rythme, m’a tout montré, expliqué, guidé. Petit à petit, j’ai pris confiance et il s’est détaché. En revanche, je n’ai pas du tout voulu garder l’esprit des vins qu’il produisait. Il élaborait une cuvée de primeur, et un vin de garde, et puis surtout, il revendait à des négociants. Il n’était pas dans une démarche de développement et je n’avais pas forcément envie de m’inscrire dans sa philosophie de vinification. Encore aujourd’hui, je lui demande régulièrement son avis, même si j’ai développé ma propre identité.

Parlez-nous de votre vignoble 

Nous avons un peu moins de 12 hectares de vignes dans Les Pierres Dorées, dans le sud du Beaujolais, à 20km de Lyon. Je suis seul avec un saisonnier à m’en occuper. Evidemment, cela implique un gros rythme. Pour les rouges nous produisons environ 70% de Gamay, mais aussi du Gamaret, un autre cépage rouge, résultat d’un croisement entre le Gamay et le Reichensteiner, un cépage Suisse blanc. Ça donne un vin assez résistant aux maladies. Pour le blanc, nous avons du Chardonnay et du Pinot gris.

L’appellation Beaujolais parle t’elle aux consommateurs autrement qu’à travers les Primeurs ? 

Les gens n’ont pas forcément une attente de puriste. Beaucoup de consommateurs ne savent pas que nous produisons de magnifiques Beaujolais blancs avec du Chardonnay. Dans les faits, le Gamay est le roi du vignoble global. Il représente tout de même 97 % de l’encépagement de la région. Mais c’est, finalement, une ouverture pour nous, et une possibilité de nous faire plaisir, parce que du coup, nous produisons des vins un peu différents en blanc par exemple, avec un 100% Chardonnay, mais aussi une cuvée « L’héritière » en assemblage de 40% de Pinot gris et 60% de Chardonnay.

Combien de cuvées produisez-vous ?

Nous produisons 5 cuvées et un Beaujolais Nouveau. Le Primeur que nous élaborons est vraiment très intéressant, nous avons un vrai souci de bien faire. Puis des cuvées de garde : « L’héritière » rouge et blanc, « La mère » uniquement en rouge et sur les deux couleurs « Le père ». Une gamme complètement machiste, je le reconnais ! On va du plus fruité et gouleyant, au plus structuré et costaud. L’année dernière, nous avons planté des Pinots Noirs, j’aimerais pouvoir en produire une nouvelle cuvée.

Vous avez une réflexion importante sur le travail de vos vignes en bio ?

Nous ne sommes toujours pas certifiés, puisqu’il faut 4 vendanges, mais nous sommes en conversion depuis le rachat. Au départ, le vignoble était en Terra Vitis, mais malgré une grande démarche « propre », elle autorise toujours le glyphosate, et certains produits classés cancérigène, surtout que c’est moi qui suis le premier exposé. Je les manipule pur, je les diffuse, je suis en plein dedans. Je n’étais pas très satisfait. J’ai donc engagé la conversion bio à l’été 2019.

Comment cela se passe depuis ? 

J’ai eu le temps de m’équiper et d’avoir un peu de réflexion sur le sujet. Dans le Beaujolais, il a fait sec, comme dans le sud. L’herbe ne nous a pas envahis, les maladies sont restées sous contrôle. Cela se passe plutôt bien, je suis très content. Je ne suis pas un militant du bio, parce que je pense qu’il y a encore des problèmes avec, notamment sur le bilan carbone qui n’est pas bon par rapport au conventionnel. Les avantages sont supérieurs aux inconvenients tout de même. On récupère de la vie dans les sols, on protège la population, à commencer par moi et les gens qui habitent autour des vignes. Et ça, c’est le plus important. Mais tout de même, quand on enlève de l’herbe avec une machine, au lieu de passer une fois en conventionnel, moi, je dois passer trois fois, je tasse donc un peu mes sols. J’utilise aussi, fatalement, plus mon tracteur, et donc plus de gazole, etc.

Est-ce que ça veut donc dire que vous imaginez à plus ou moins long terme aller plus loin dans la démarche, peut-être même vers une culture en biodynamie ? 

Effectivement, c’est là où la biodynamie parait très intéressante. Il y a, a la fois la biodynamie dans son ensemble, mais aussi le choix des cépages qui naturellement sont résistants aux maladies, même si les vins seront certainement hors appellation. La biodynamie demande une organisation très précise. Il y a encore moins de béquilles qu’avec le bio et donc moins le droit à l’erreur. Économiquement, il faut être prêt à avoir des demi- récoltes ou des tiers de récoltes les années ou ça ne va pas. Commercialement, je suis encore trop jeune pour prendre ce risque, mais clairement ça viendra, c’est mon objectif. J’essaie, quand je peux, d’en appliquer déjà quelques préceptes.

Pouvez-vous nous parler de la cuvée rouge « L’héritière » que les abonnés Trois Fois Vin ont pu découvrir dans les box box Tastevin et Buissonniers d’octobre ?

Mon but: le fruit ! Je mets rapidement le vin en bouteille, pour capturer ce fruit, frais, de raisin, de vendange. On égrappe les raisins, pour être sûr de n’avoir aucun goût végétal ou un peu dur qui pourrait venir des tannins de la rafle. Les vignes sont un peu plus jeunes (entre 30 et 40 ans), et vont donc produire des raisins un peu plus gros. Au niveau de la macération, ce sera moins fort et puissant en tannins. Que du fruit plaisir ! Un esprit vin de copains, sympa ! La genèse du fruit en réalité. 

Est-elle à déguster tout de suite ou faut-il attendre ?

Sans hésiter à déguster tout de suite. C’est l’esprit de la cuvée, avec un barbecue, de la charcuterie, même sur du fromage, ça va très bien marcher comme il y a très peu de tannins. La raclette avec « L’héritière » c’est parfait. Légèrement frais, le fruit viendra un peu casser le gras du fromage, sans trop de tannins qui viendraient repeindre la bouche et empêcher de profiter du fromage. J’ai cherché l’esprit Beaujolais du casse-croute avec même un saucisson chaud par exemple. L’ambiance vendange avec du cassis en bouche, et une belle fraîcheur. Le boire trop tard, ce serait un peu dommage, même si ce sera quand même bon évidemment !”

Quels sont pour vous les avantages d’être diffusé dans une box telle que celle de Trois Fois Vin ?

Je suis un vigneron confidentiel, je produis des petits volumes, et Trois Fois Vin à travers Marie-Dominique Bradford est un ambassadeur. Elle va toucher une population de gens qui aiment le vin, qui ensuite vont être prescripteur. J’ai une exposition que je n’aurais pas pu toucher de moi-même, c’est très très fort pour moi. Je suis toujours favorable, aux gens qui achètent le vin en l’ayant goûté. Marie-Dominique met sa réputation à côté de la mienne en proposant mes bouteilles. C’est ultra qualitatif comme démarche, il y a un vrai partenariat de confiance entre nous deux.  

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